Confinement et colocation

actualités, Avis à tous

2 juin 2020

Confinés aux confins des territoires de nos personnalités, que nous est-il arrivé ?

Changements de vie quotidienne, relationnelle, culturelle. 
Changement brutal qui nous a empêché d’anticiper, d’organiser, de planifier.

Pas à pas vers l’inconnu, nous avons rebricolé des équilibres avec les ressources dont nous disposions chacun, acquis au cours de nos vies.

Ces nouveaux quotidiens nous ont mis face à nous  : plus de fuite possible, le regard nécessairement porté sur ce qui émergeait : nouvelles joies, nouvelles tristesses, nouvelles angoisses.

Séparations non désirées, absences subies, nos humanités se sont rapprochées de ce qu’il y avait de plus proches : nos voisins, nos commerçants de proximité, pour de belles découvertes, ou des déceptions.

Tout a été redistribué, notre jeu de carte a été remis dans le pot commun, et une nouvelle donne nous est parvenue. As, cœur, pique, trèfle, joker pour certains.

Nos personnalités, nos environnements, nos situations sociales, ont impacté notre résilience, notre manière de faire-face chacun. Pas de déterminisme, simplement de nouvelles recettes. 

Issue de la gérontologie, je me suis demandé quotidiennement comment les seniors vivaient cette situation. Temps ressource pour certains pour qui, enfin, le voisinage proposait de l’aide, le petit-fils prenait le temps d’écrire une carte postale, ou autre cadeau. Confrontation pour d’autres à la solitude, qui devient isolement car elle n’est pas choisie : plus de rendez-vous réguliers, un agenda qui s’allège de jour en jour, si agenda il y avait.
Entre les deux, des vies équilibrées, suspendues, s’adaptant quotidiennement aux nouvelles situations. Certains seniors se sont engagés dans des associations, ont offert leur temps, ont pris le temps de téléphoner à de vieilles connaissances perdues de vue. Certains projettent facilement leurs peurs sur les seniors qui sont seuls. Comme si, arriver à un certain âge voulait dire se sentir seul et triste.  

Or, ceux qui en parlent le mieux ce sont eux, à qui on peut demander : « comment c’est pour vous tout ça ? ». Et certains sont heureux, et épanouis dans ce contexte : c’est ainsi, j’ai médité, j’ai jardiné, j’ai observé quotidiennement l’évolution du printemps. 

Le vieillissement sage existe et nous inspire, nous qui, pour certains, courons après le temps, et avons vécu ce confinement, comme une renaissance que ce temps suspendu, ou comme une contrainte empêchante. 

Loki Ora, du haut de son expérience d’une année a traversé ce confinement avec prudence, concertation, optimisme, et humanité. 

Nous avons, comme beaucoup de professionnels, été mis face à une nécessaire adaptation de notre travail, et comme en ateliers d’écriture ou la contrainte est source de créativité, je dois dire que notre équipe a pu mettre sa grande créativité partagée au profit des seniors déjà installés en colocation, ou ceux qui se questionnent, ou s’étaient déjà engagés dans nos ateliers à venir. 

Loki Ora, ou « vivre et habiter ensemble » en maori. Mais comment vivre et habiter ensemble quand on est confiné. Comment accompagner les seniors qui nous font confiance, souvent public vulnérable sur le plan de la santé, quand on ne peut se rendre auprès d’eux. Trouver notre juste place. 

 Alors nous avons réfléchi et mis en place un accompagnement moderne, empreint de nouvelles technologies, pour ceux qui y avaient accès, ou de nos fidèles téléphones pour les autres. 

La semaine dernière nous avons, après deux mois de confinement pu retrouver les colocataires de visu, avec toutes les précautions sanitaires nécessaires (et une tarte aux pommes également !). 

Il y a quelques mois j’étais assise auprès d’une amie qui fêtait ses 35 ans de mariage, à qui je demandais « quel est le secret pour qu’un couple dure ? ». Elle me répondait : « Que chacun en ait envie ». Cette phrase est restée gravée dans ma tête et m’inspire de nombreuses fois dans ma pratique, quand j’accompagne des questions relationnelles entre les individus.  

Pour que ça marche, l’engagement, la motivation à vouloir que la relation fonctionne fait déjà une grande partie du travail nécessaire. Effectivement cela amène et entretient la curiosité pour l’Autre, la souplesse de la remise en question sur ses propres fonctionnements, l’engagement pour « faire groupe ». 

Une colocation, c ‘est une somme de plusieurs individualités, qui font groupe. 

Une colocation senior c’est une somme d’individualités ayant déjà une longue expérience de la vie, plus ou moins installées dans des fonctionnements, des habitudes. 

L’avantage d’une colocation senior, si je devais l’opposer à une colocation étudiante, c’est qu’à 70 ans quand on a fait le choix d’entrer en colocation, cela a été mûrement réfléchi : trier, donner, décider, calculer, risquer, déménager. Avec d’autres personnes que l’on connaît parfois peu. On s’est engagé dans un processus, qui débute à nos ateliers, qui prépare, accompagne, mais on a décidé, seul un jour chez soi, de dire oui.  

Dire oui car les soupes dégustées tout seul au bout des 3 mois d’hiver nous lassent, et ont un goût de chagrin ; car l’idée de chuter seul chez soi sans pouvoir appeler les secours nous fait froid dans le dos au moment de s’endormir, et que ces frissons viennent nous rendre visite de plus en plus régulièrement.  

Dire oui car on en a marre de sa routine, on a envie de projets, de nouveautés, de vivant, de défi ; et que l’on s’autorise à se dire que du haut de ses 60, 70, 80 ans, la Vie n’est pas finie et qu’elle peut encore nous apporter des tas de surprises. 

Construire un nouveau projet de vie à 70 ans. 

Pour nous professionnels, nous mesurons bien l’engagement qui accompagne cette décision. A 25 ans, un conflit peut suffire à faire claquer la porte d’une colocation car on pourra en retrouver une plus facilement : aller sur le canapé d’un copain, quelques semaines le temps de rebondir, passer chez ses parents… 

 A 70 ans, même si chacun reste toujours libre de ce choix, réenvisager un déménagement lors d’un conflit au sein de la colocation, prend une toute autre dimension, et la présence du groupe qui apporte au quotidien son lot de chaleur humaine, fait qu’une partie de soi n’a pas du tout envie de partir. 

C’est là tout l’enjeu et la plus-value de l’accompagnement proposé par Loki Ora. Vivre en groupe est un apprentissage, on apprend à verbaliser, on dit oui, on dit non, on affirme ses besoins, ses envies, ses désirs, on travaille quotidiennement l’équilibre entre vie de groupe et liberté individuelle. On apprend ce que le comportement de l’autre veut dire pour lui, et non pas ce que moi, son colocataire j’en projette.  

Chacun arrive dans notre processus d’accompagnement à la vie en colocation avec son parcours, ses compétences acquises en termes de communication par exemple. Il va falloir alors se rencontrer, et apprendre à vivre avec de nouvelles personnes. L’expérience du confinement n’a pu que renforcer pour nous la pertinence d’un accompagnement préalable à la vie en colocation mais également, un accompagnement quasi-mensuel sur la vie du groupe : prévenir les conflits, réguler la communication. Peu à peu le groupe de colocataires acquiert des compétences dites psycho-sociales qui le rendent de plus en plus autonome sur sa propre vie relationnelle. 

Une colocation senior chez Loki Ora, c’est la vie d’un groupe à bord d’un bateau sur un océan parfois calme, parfois houleux, parfois tempétueux, mais tout cela n’est que cycle. Cette croisière, chapotée par notre équipe professionnelle et active, transporte un groupe d’humains qui ont chacun pris le risque de nous faire confiance, à nous, Loki Ora, de se faire confiance, chacun pour soi, et de faire confiance aux autres membres de la maison. 

C’est la vie d’un groupe qui nous accueille avec une tarte aux pommes au goût de plaisir d’être ensemble, et qui ne regrette pas d’avoir traversé ce confinement à 4, plutôt que seul chez soi. 

J’ai beaucoup de gratitude pour tous les seniors que vous êtes de nous proposer un modèle de vieillissement vivant, créatif, joyeux. Nos humanités, qui ont toutes besoin de lien, de sens, et de sentiment d’appartenance se rejoignent en ce point qu’est le travail de Loki Ora. 

 

Marine Caillot, coach LOKI ORA, psychologue gérontologue

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