Les bénéfices de la colocation entre seniors

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01 mars 2022
Loki Ora – Au salon

Photo de Edu Carvalho provenant de Pexels

Entre littérature et terrain : Les bénéfices de la colocation entre seniors

En 2021, Loki Ora a accueilli Manon, étudiante en 3e année de licence de psychologie pour son stage. Elle a participé aux ateliers menés par Marine, coach Loki Ora, et a pu mener une recherche littéraire sur les bénéfices de la colocation entre seniors.

En effet, la colocation entre seniors est un mode d’habitat qui, malgré ses nombreux bénéfices, n’a pas (encore) fait l’objet de beaucoup d’études. Nous souhaitions corroborer nos observations, le vécu positif des seniors déjà en colocation avec des études scientifiques.

Il en ressort qu’être en colocation seniors – grâce à l’émulation du groupe – permet d’agir sur la solitude et l’isolement, de maintenir l’autonomie, la santé physique (ex. chutes) et psychologique (ex. anxiété, stress) des seniors… Rien que ça !

 

Les bénéfices de la colocation entre seniors

Les personnes âgées sont perçues comme celles étant les plus touchées par la solitude (sentiment subjectif) et l’isolement (réseau social, nombre de contacts sociaux qui décroît). L’avancée en âge est associée à une perte des liens sociaux importante. En effet, la personne âgée peut se retrouver seule à la suite du décès de son.sa conjoint.e. Il peut s’agir aussi de l’éloignement des enfants qui grandissent et décident de quitter la ville. Cela suscite de nombreuses questions : Qui viendra nous voir ? Qui va se soucier de ma santé ? Qui va effectuer les tâches autrefois faites par mon.ma conjoint.e ? (Escourrou, 2015). Autant de questions qui peuvent susciter un état d’anxiété et de stress chez la personne âgée. Le stress à long terme peut engendrer l’installation de pathologies cardiovasculaire, gastro-intestinale, neurologique, psychiatrique. La colocation permet alors de partager avec ses colocataires ses doutes, ses peurs etc. : les interactions sociales permettent de diminuer les effets du stress et d’anxiété sur le système nerveux central, réduire le risque de lésions cérébrales et les effets du vieillissement. D’ailleurs, la tranche d’âge des 65 ans et plus est la plus représentée parmi les consommateurs de benzodiazépines en France ; médicaments prescrits généralement pour soulager l’anxiété, le stress ou l’insomnie. Le fait de vivre seul est associé à une consommation annuelle de médicaments psychotropes plus fréquente parmi les retraités  (Nubukpo & Clément, 2013).

De plus, ces interactions sociales permettent aussi de prévenir le risque de dépression. En effet, habiter seul, à un âge avancé, augmente les risques de dépression. D’ailleurs, cette dernière constitue l’une des affections psychiatriques les plus fréquentes du sujet âgé. Le taux de réponse au traitement semble sensiblement plus faible et le risque de rechute plus important chez les personnes âgées. La dépression est associée à une augmentation du risque de suicide, de déclin fonctionnel. Un des symptômes principaux de la dépression demeure l’apathie : perte d’intérêt et de la motivation, altération de l’expression des émotions. Il s’avère qu’elle puisse être aussi à l’origine de maladies telles qu’Alzheimer et Parkinson. La colocation permet alors un mode de vie actif, un contexte environnemental varié avec de nombreuses interactions et activités  (activité physique, intellectuelle, de loisir, etc.) permettant ainsi de pallier certains troubles. Vivre à plusieurs permet de se sentir bien émotionnellement rendant les personnes plus à même de gérer correctement leurs émotions : les comprendre, les accepter et les exprimer et ainsi se sentir bien psychologiquement (Bergua, Swendsen & Bouisson, 2006).

Outre le stress et l’anxiété, l’isolement serait aussi un des facteurs de risque de la dénutrition chez la personne plus âgée. En France, 300 000 à 400 000 personnes âgées à domicile sont dénutries. La dénutrition est associée notamment à l’augmentation des infections, des troubles de la marche, des chutes, des fractures (Raynaud-Simon, 2009). Avec des colocataires présents au quotidien, le risque de dénutrition est moindre.

 Ainsi, vivre en colocation implique davantage de contacts humains et de sollicitations pour effectuer certaines activités de la vie quotidienne. Les activités productives et de loisirs (ex. arts plastiques, musique, littérature, etc.) sollicitent mentalement la personne âgée et diminuent ainsi le risque de déclin cognitif (ex. mémoire, résolution de problèmes, langage, etc.). A titre d’exemple, le jardinage permet d’entretenir certaines fonctions comme l’attention et ainsi d’avoir un effet retardateur sur leur déclin. Le fait d’être stimulé quotidiennement augmente la « réserve cognitive » (résistance du cerveau aux effets du vieillissement ou de pathologies) de la personne âgée qui pourra alors compenser seule ses éventuelles lacunes. De plus, l’avancée dans l’âge est souvent accompagnée d’une diminution de la mémoire dans la vie quotidienne (plaintes mnésiques), d’autant plus quand les personnes sont isolées. Les interactions, les activités au sein de la colocation permettent d’améliorer l’estime de soi des personnes qui y vivent. Cette dernière joue un rôle important puisqu’elle améliore les performances mnésiques mais aussi les capacités adaptatives des individus pour faire face aux événements de vie. C’est un indicateur de bien-être psychologique et de qualité de vie subjective chez la personne âgée (Grimaud et al., 2020).

 

Enfin, le déclin fonctionnel lié à l’âge place la personne âgée devant de multiples obstacles lors des activités les plus ordinaires de la vie quotidienne et augmente ainsi le risque de chute. D’ailleurs, les chutes constituent la cause la plus répandue d’hospitalisation (Observatoire Suisse de la santé, 2015). La colocation permet alors aux colocataires de se partager les tâches, s’aider et éviter de se mettre en difficulté. La colocation permet ainsi de préserver une certaine autonomie. En effet, savoir que l’on peut compter sur les personnes avec qui l’on vit permet davantage d’oser et ainsi préserver ses capacités motrices. Le fait de pouvoir réaliser des tâches seul a des répercussions positives sur la santé mentale : la personne âgée se sent utile (Roy, 2017).

 

C’est pour toutes ces raisons que la colocation présente des effets bénéfiques sur la santé.

 

Bibliographie :

Béland, F., Zunzunegui, M. V., Alvarado, B., Otero, A., & del Ser, T. (2005). Trajectories of Cognitive Decline and Social Relations. The Journals of Gerontology : Series B, 60(6), P320‑P330. https://doi.org/10.1093/geronb/60.6.p320

 

Bergua, V., Swendsen, J., & Bouisson, J. (2006b). Anxiété, dépression et comportement chez les personnes âgées : étude en vie quotidienne. Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive, 16(1), 7‑11. https://doi.org/10.1016/s1155-1704(06)70190-2

 

Escourrou, E. (2015, avril). Perception du risque de perte d’autonomie par les personnes âgées (Thèse). http://thesesante.ups-tlse.fr/809/1/2015TOU31029.pdf

 

Grimaud, E., Clarys, D., Vanneste, S., & Taconnat, L. (sous presse). Stimulation cognitive chez les personnes âgées : effets d’une méthode de stimulation cognitive par les jeux sur les fonctions cognitives et l’estime de soi. Psychologie Française. https://doi.org/10.1016/j.psfr.2019.11.002

 

Nubukpo, P., & Clément, J. P. (2013). Medical drug abuse and aging. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Viellissement, 11(3), 305‑315. https://doi.org/10.1684/pnv.2013.0415

 

Piguet, C., Droz-Mendelzweig, M. & Bedin, M. (2017). Vivre et vieillir à domicile, entre risques vitaux et menaces existentielles. Gérontologie et société, 1(1), 93-106. https://doi-org.budistant.univ-nantes.fr/10.3917/gs1.152.0093

 

Pr, Lydia & Fernandez, Lydia & Mme, Jacqueline & Finkelstein-Rossi, Jacqueline & Mme, Carole & Carole, Fantini & Combaluzier, S. & Hamraoui, Mlle & Bellego, M & Summary, Résumé. (2010). Le tabagisme des seniors : stress et addictions associées. Alcoologie et addictologie. 279-289

 

Raynaud-Simon, A. (2009). Comment dépister la dénutrition chez la personne âgée ? Médecine des Maladies Métaboliques, 3(4), 365‑369. https://doi.org/10.1016/s1957-2557(09)72390-9

 

Roy, S. (2017, décembre). Pertinence et faisabilité de l’implantation d’habitats intergénérationnels pour optimiser la participation sociale des personnes âgées dans un Québec actuel : Étude de portée (Thèse). http://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/8263/1/031894536.pdf

 

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