Sophie Buffard
Chargée de mission – animation de la dynamique « Labo habitat inclusif » chez Les Ecossolies
Entretien réalisé en mai 2026
Bonjour ! Pourriez-vous vous présenter, nous parler de votre métier et de votre parcours ; ce qui vous plaît dans votre activité ?
Bonjour, je m’appelle Sophie Buffard et je suis chargée de mission aux Écossolies depuis bientôt trois ans, sur la dynamique du « Labo habitat inclusif », qui a émergé en 2020.
Pour revenir rapidement sur mon parcours universitaire, j’ai d’abord étudié le droit avant de me diriger vers un master en management des structures de l’économie sociale et solidaire. Après mon master, j’ai eu besoin de me confronter au terrain et de rencontrer les publics. J’ai ainsi travaillé dans une association accompagnant les personnes ayant besoin d’aide administrative et juridique. J’ai également pu travailler sur les questions de logement et d’hébergement pour les publics précaires, notamment l’hébergement d’urgence, puis la transition de l’urgence vers l’insertion en matière d’habitat.
Ensuite, j’ai découvert un autre public : celui de la protection de l’enfance. J’ai d’abord œuvré sur le terrain pour une structure gérant 15 foyers d’hébergement pour enfants placés, puis au sein d’un réseau régional où j’accompagnais les associations de ce secteur.
Ma mission au sein du Labo de l’habitat inclusif est de déployer des actions sur les grands axes identifiés :
- L’animation territoriale : Pour créer des solutions d’habitat partagé ou inclusif, il faut que les acteurs se rencontrent – porteurs de projets, médico-social, financeurs, institutions, immobilier. L’idée, c’est de favoriser ces moments d’échange pour mieux comprendre nos enjeux respectifs et collaborer. Aujourd’hui, le Labo de l’habitat inclusif rassemble 250 personnes et environ 130 structures principalement en Loire-Atlantique.
- L’accompagnement : On accueille tous les porteurs de projets d’habitat collectif en réflexion et je fais le lien avec les dispositifs des Écossolies – incubateur, accélérateur…. Depuis février 2024, on anime aussi un réseau de professionnels de l’habitat inclusif en Loire-Atlantique, pour qu’ils puissent échanger sur les défis qu’ils rencontrent au quotidien.
- La promotion de l’habitat inclusif : Pour développer des projets en Loire-Atlantique, il faut valoriser ce que ça apporte aux habitants – les premiers concernés. Nous organisons donc de grands temps forts tous les deux ans, où ils peuvent s’exprimer sur leur vécu. L’objectif ? Créer une émulation, montrer la dynamique du territoire et relancer l’innovation !
Ce qui est intéressant dans ce poste, c’est de permettre la rencontre, faciliter la coopération, la mutualisation, l’entraide… Voir comment on peut être plus performants face aux enjeux démographiques. Mais si quelque chose me manque, c’est le contact direct avec le public. Et c’est là qu’il faut faire évoluer le Labo : comment faire entendre les premiers concernés – personnes vieillissantes, en situation de handicap, aidants.
Aujourd’hui, un français sur cinq est âgé de 65 ans ou plus et ce chiffre va continuer de croître. Selon vous, quels sont les besoins des seniors actuels et futurs ?
Tout d’abord, je pense que les besoins des seniors actuels ne vont pas être les mêmes que ceux des seniors futurs. C’est pourquoi il faut vraiment être agile. Dans les seniors actuels, il y a aussi des envies et des besoins différents, donc il faut réussir à avoir un panel de propositions.
Dans les années à venir, ce qui se dessine aussi comme enjeu pour ce public, c’est la question de la baisse de leurs ressources/capitaux. La génération actuelle, elle a peut-être pu mettre un peu plus d’argent de côté ou avoir un bien qui permet de financer une solution adaptée dans le vieillissement, et il n’y aura pas forcément ça en 2050. Donc comment ce qu’on crée aujourd’hui va pouvoir perdurer ou être amovible pour répondre à ces besoins à venir ?
Et de votre point de vue, en lien avec votre domaine d’activité, quels sont les bénéfices et/ou intérêt de la colocation entre seniors ?
Si je parle de mon expérience, je sais que pendant mes études et même après, la colocation m’a permis d’ouvrir mon cercle, de rencontrer des personnes que je n’aurais pas rencontrées autrement. La colocation, je trouve ça génial pour ça !
Je pense que la colocation, ça a de l’avenir pour ce côté vecteur de lien social.
Après, la colocation, ce n’est pas toujours simple, donc c’est vrai que moi je me suis toujours dit que je ne voulais pas faire ça avec des personnes que je connaissais, parce que j’ai trop à perdre si ça se passe mal. J’ai toujours fait ça avec des personnes que je ne connaissais pas et ça s’est toujours bien passé. Aujourd’hui, c’est devenu des amis, c’est ce qui a construit mon réseau.
La colocation, c’est vraiment un outil intéressant pour la lutte contre l’isolement. J’ai pu observer des personnes autour de moi, plus ou moins proches, arriver à 75-80 ans dans un appartement avec une solitude extrême, qui peuvent voir une seule personne dans la semaine. Ces personnes peuvent aller bien physiquement, mais elles ont l’impression de se dégrader parce qu’elles manquent de lien social. Je suis sûr qu’on pourrait maintenir ces personnes bien plus vieilles et dynamiques si elles avaient du lien social.
Quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit lorsque je vous dis « colocation seniors » ?
Loki Ora ; Paul ; lutte contre l’isolement.
Enfin, une question bonus pour clôturer cet entretien sur une note plus « humoristique » : pourriez-vous constituer votre groupe de colocataires idéal, que les personnes soient célèbres ou non, vivantes ou mortes ? Laissez libre cours à votre imagination.
Pierre-Emmanuel Barré, parce qu’il dit les choses et qu’il me fait rire. Je mettrais bien une experte de la colocation, donc une de vous trois, et comme ça on est deux femmes. Et puis Paul, car il a bien expérimenté et ça a l’air de bien se passer.